Une interview avec Benoit, multipotentialiste passeur de possibles

Un parcours de réalisation, celui de Benoit, multipotentialiste (ou plutôt caméléon !)
passeur de possibles, ou comment trouvez sa voie dans la diversité de la transmission.

Benoit Deschodt

La multipotentialité et toi !

Que signifie pour toi la multipotentialité ? Quand et comment as-tu pris conscience de ta multipotentialité ?

Si je n’étais pas déjà au courant de la réalité qu’il recouvre, le terme multipotentialité ne voudrait pas dire grand-chose pour moi. C’est un terme que je ne trouve pas très joli, un peu aride…

Je préfère la comparaison avec le caméléon ou la vieille expression « touche-à-tout » (pas forcément de génie, loin de là). La multipotentialité est à la fois un don et une malédiction. On peut faire plein de choses, on a l’envie de faire plein de choses, mais on vit dans un système social et professionnel où la parole est à l’expert. Le généralisme qu’induit la multipotentialité est associé au dilettantisme, donc à l’amateurisme, et par voie de conséquence à l’inutilité… Un monde d’expert doublé d’un monde utilitariste et vous obtenez l’enfer du multipotentialiste.

Pourtant, nous avons notre raison d’être ainsi. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de penser qu’un médecin généraliste est moins utile qu’un spécialiste ! C’est exactement la même choses pour n’importe quel autre domaine dans lequel le multipotentialiste s’épanouit. Il crée du lien là où c’est improbable. A cause de son mode de fonctionnement, il est poussé à penser par structures : parce qu’un multipotentialiste n’a pas de temps à perdre (vu qu’il a des milliards d’envies – entendre « en vie » – sur la liste d’attente) il s’attache à comprendre le cœur d’un système, il cherche l’efficience. Ce qui peut le faire passer pour un feignant…

J’ai eu rapidement de sévères alertes sur ma multipotentialité au lycée, mais la prise de conscience a été longue et c’est seulement récemment que le puzzle s’est assemblé.
Dès que j’ai eu mon bac, j’ai navigué dans les études… Ça a commencé à la fac de philo, que j’adorais, mais me dire que je pourrais passer une vie entière à ne faire que ça m’angoissait terriblement. Du coup, je suis allé me mettre au chaud en prépa, beaucoup plus éclectique.

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Et puis il a fallu la quitter et repartir à l’université : histoire, droit… à aucun moment je n’ai pu me résoudre à rester dans une seule discipline. J’ai donc choisi un domaine où je pourrais toucher à tout. Et me voilà embarqué dans le journalisme pendant dix ans. Pourtant, à chaque nouveau poste, je m’ennuyais au bout de trois mois, j’avais l’impression de refaire sans cesse les mêmes choses, mes tâches prenaient un caractère mécanique. J’ai fini par vendre des légumes sur un marché.

Aujourd’hui, je suis professeur de sciences économiques et sociales en lycée, d’histoire-géographie au collège et de culture générale en IUT. Il y a quelques mois en fouillant dans les conférences Ted, je suis tombé sur la conférence d’Emily Wapnick et là, ce fut la lumière. En comprenant que j’avais cette qualité, j’ai pu identifier le fil rouge de toute ma carrière professionnelle, mais aussi toutes mes activités annexes.

Comment trouves-tu ton équilibre en tant que multipotentialiste dans la vie de tous les jours et quels sont tes multiples intérêts, envies, réalisations ?

Mon équilibre est aujourd’hui facile à trouver. Ayant compris mon rôle, je ne me pose plus de questions : je suis fais pour transmettre, quel que soit le mode d’expression, qu’il soit artistique avec la musique, l’écriture et la photo, intellectuel avec mes cours en milieu scolaire ou corporel lorsque j’enseigne le wing chun kung fu.

Je vis pleinement mes activités sans les parasiter par des jugements, qu’ils viennent de moi ou des autres. Je me suis longtemps vu comme un polyincompétent. Aujourd’hui, je me considère comme un incroyable chanceux… Toutes ces expériences emmagasinées, de manière très intenses, je peux aujourd’hui les partager. Cette année dans le lycée où j’enseigne, j’ai mis en place des ateliers de méditation pour les élèves à haut potentiel. Mon but est de consolider ces outils et de me former en hypnose ericksonnienne et humaniste pour pouvoir accompagner au plus juste les élèves, mais aussi les adultes.

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Le temps est-il un problème pour toi ? Comment t’organises-tu pour gérer tes domaines variés ?

Le temps pourrait sembler un problème. Surtout que je suis un gros dormeur. Il serait tentant de se dire qu’on doit trancher, faire des choix. Alors certes, il y a des incontournables : corriger des copies, préparer les cours, aller en classe (la partie émergée de l’iceberg), s’occuper de la maison et du terrain d’un hectare, de mon gîte, de mes cinq chats…

Mais la réalité est un peu différente : mes inspirations se chargent de faire des choix pour moi. Je n’essaie pas de caser des activités, j’essaie d’écouter mes envies au moment où j’ai du temps libre. Si j’ai une heure devant moi, que faire ? Je me pose deux minutes, j’écoute ma petite voix intérieure et je la laisse me guider. Alors je peux me retrouver à jouer de la guitare, écrire ou empoigner mon appareil photo pour aller chercher quelques images. J’aime photographier les arbres.

Ton entourage comprend-il ton fonctionnement ? As-tu eu des périodes difficiles avec tes proches à ce sujet ?

Il fut une période peu évidente où je ne comprenais moi-même pas bien mon fonctionnement. C’était donc très difficile avec mon entourage. Je posais sur ma manière d’être des jugements négatifs dont je m’empressais de reporter sur mes proches la paternité (ou la maternité). Couplé à des périodes d’instabilité et de précarité professionnelle, ça a donné un cocktail un peu amer. J’essayais aussi inconsciemment de ne pas froisser mon entourage en masquant mes aptitudes à réussir dans leurs propres domaines de compétences. J’avais peur qu’elles le prennent mal. Je m’autocensurais.

Mais une fois que j’ai pleinement assumé mon côté couteau suisse, tout s’est mis à rouler. Je crois que c’est vraiment important de comprendre que nous sommes nos propres bourreaux lorsque nous n’assumons pas qui nous sommes. Les autres ne font que tendre le miroir où se reflètent nos turpitudes et nos propres incompréhensions. Socrate avait déjà tout dit : « connais-toi toi même. » C’est juste foutrement compliqué pour un multipotentialiste.

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Quelle(s) aide(s) aurais-tu aimé trouver sur ton parcours et quel est ton projet de vie aujourd’hui ?

De l’aide j’en ai trouvé auprès de mon entourage, dans la spiritualité qu’une thérapeute m’a aidé à éveiller et à assumer, dans mes coaches en Wing Chun Kung Fu… bref, j’ai eu beaucoup de chance dans un monde qui, je le répète n’est pas toujours bienveillant avec les caméléons… Mais c’est vrai que j’aurais certainement aimé être aidé au lycée. C’est en partie pour cela que j’accompagne les élèves.

Créativité, nature et multipotentialité

Une ou des image(s), musique(s), chose(s) que tu associes à la multipotentialité ?

Il y a la chanson « Love is All » de Roger Glover & The Butterfly Ball qui me vint imédiatement en tête : c’est à la fois du rock, de la pop avec un interlude de valse et de violon tsigane… une vraie macédoine de styles !

L’image qui me vient c’est celle de Shiva qui dans la tradition indienne préside entre autres aux principes de création, transformation, conservation… ce que fait perpétuellement un multipotentialiste.

Que représente la nature pour toi (plantes, animaux, voyages…) et a t-elle une place privilégiée dans ta vie ?

La nature est essentielle pour moi. J’ai quitté Paris il y a quatre ans parce que je ne pouvais plus vivre hors sol. La connexion à la terre est la base de toute exploration de soi-même et éviter de se retrouver flottant dans les étoiles. Sans elle on se perd.

Quant aux animaux, je les défends de mon mieux en étant végétarien… Je suis très sensible à la cause animale, particulièrement celle des animaux dont personne ne se soucie, comme les requins qui me touchent par leur incroyable beauté et dont la survie ne tient qu’à un fil, tout comme la nôtre. Car je crois que nous sommes tous connectés et qu’à chaque fois que l’un d’entre nous découpe un aileron de requin, égorge un agneau ou dépèce un lapin pour en faire une fourrure, c’est notre humanité qu’on mutile.

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Si je te dis “une étincelle” et “multipotentialiste” qu’imagines-tu, que vois-tu, que ressens-tu ?

Je vois, derrière les petites bougies crépitantes qu’on met sur les gâteaux, les sourires de celles et ceux qui célèbrent un moment de joie et de vie dans l’inattendu et l’innocence du présent.

As-tu des sites de personnes multipotentialistes que tu as envie de partager ?

Malheureusement, des personnes multipotentialistes que je connais, aucune n’a de site !

Pour retrouver Benoit Deschodt : à l’écrit et en photo sur son blog et en musique sur son soundcloud

Merci Benoit, ton témoignage montre l’importance de s’accepter, de s’écouter et des rencontres sur son chemin (bien que s’accepter provoquent sûrement les bonnes rencontres ;-)).
Tu mets en avant le fait de chercher le “processus” qui nous motive plutôt qu’un domaine en particulier (ce qui est bien difficile pour un multipotentialiste…). Le tien est la transmission, un bien beau métier qui peut revêtir tant de formes pour un caméléon !

Découvrir d’autres points de vue sur la multipotentialité ?

2 Comments for “Une interview avec Benoit, multipotentialiste passeur de possibles”

ESTELLE

says:

Merci Benoit . Ton partage m’a fait du bien. Je viens de découvrir que je suis multipotentialiste. Cela fait un bien fou de savoir mettre un mot là dessus!

Bonne continuation à toi.

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